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Emile Francqui
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News

1936 – Rapport Jury Frans Cumont

 

Remise solennelle du Prix Francqui
par Sa Majesté Le Roi Léopold III
à la Fondation Universitaire le
16 juin 1936

Curriculum Vitae – Rapport du Jury – Discours

 


Franz Cumont

 


Curriculum Vitae

(03/01/1868 – 25/08/1947)

Né à Alost, le 3 janvier 1868

Diplômes Universtaires :

Docteur en philosophie et lettres (philologie classique), Université de l’Etat à Gand, 1887
Candidat en droit, Université de l’Etat à Gand, 1888

Fonctions :

Professeur ordinaire à l’Université de l’Etat à Gand, 1896-1911
Conservateur aux Musées royaux du Cinquantenaire, 1899-1912
Président d’Academia Belgica, Rome, 1939-1947

Curriculum vitae :

Chargé de cours à l’Université de l’Etat à Gand, 1892
Professeur extraordinaire, 1892-1896
Professeur ordinaire, 1896-1911

Distinctions scientifiques :

Lauréat du Concours des bourses de voyage du Gouvernement, 1888-1889
Prix du Concours quinquennal des sciences historiques (6e période, 1906-1910)
Prix Lefèvre-Dumier, (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres), 1908
Prix Francqui, 1936
Membre titulaire de l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, 1909
Membre correspondant de l’Académie de Göttingen, 1910
Membre correspondant de l’Académie de Munich, 1910
Membre correspondant de l’Académie de Berlin, 1911
Membre correspondant de l’Académie de Vienne, 1912
Membre correspondant de l’Académie de Copenhague, 1913
Membre associé étranger de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 1913
Membre correspondant de l’Académie de Christiania, 1918
Membre correspondant de la British Academy, 1918
Membre correspondant de la Irish Academy, 1922
Membre correspondant de la Reale Accademia dei Lincei, Rome, 1923
Membre correspondant de l’Académie d’Amsterdam, 1923
Membre correspondant de l’Académie de Bucarest, 1926
Membre de l’Académie royale des Sciences de Suède, 1932
Docteur honoris causa de l’Université d’Aberdeen, 1906
Docteur honoris causa de l’Université Libre de Bruxelles, 1909
D. Litt. honoris causa de l’Université d’Oxford, 1912
Docteur honoris causa de l’Université de Cambridge, 1928
D. Litt. honoris causa Trinity College Dublin, 1929
Docteur honoris causa de l’Université de Paris, 1929
Docteur honoris causa de l’Université Catholique de Louvain, 1947

* * *

Rapport du Jury (27 avril 1936)

Considérant que Monsieur Franz CUMONT s’est distingué, d’entre les savants de notre époque, par l’étendue de son savoir, la sûreté souvent géniale de ses intuitions, l’originalité de ses découvertes, où la chance heureuse n’eut qu’une part restreinte, la clarté et l’élégance de son style,

considérant qu’il a récemment encore apporté à la science des contributions importantes qui ont augmenté le prestige international de la Belgique,

décide de conférer le Prix Francqui 1936 à Monsieur le Professeur Franz CUMONT.

Jury international dans lequel siégeaient :

R.P.  P. Peeters
Membre titulaire de l’Académie royale des Sciences,

des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique
                                                                                    Président

Le Professeur H. Gregoire
Professeur à l’Université Libre de Bruxelles

Le Professeur R. Paribeni
Membre de la Reale Accademia dei Lincei, Rome

Le Professeur O. Weinreich
Professeur à l’Académie de Tübingen

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Discours du Professeur Franz Cumont,

Ma première parole doit être pour vous exprimer la profonde gratitude que j’éprouve du grand honneur que vous m’avez décerné et qui venant de tels juge m’est infiniment précieux.  Si je ne réponds que bien imparfaitement à une si haute marque d’estime, songez à l’embarras d’un homme habitué à vitre dans la solitude, et qui se sent à la fois touché, surpris et un peu effarouché de la pompe éclatante qui l’entoure.  Dans les éloges que vous m’avez adressés, Monsieur le Président, il faut que je fasse part de votre complaisance envers moi pour me garder de cet orgueil démesuré, de cette présomption insolente qui provoque la jalousie des Immortels et appelle la vengeance de la Némésis divine.  Mais si je me proclamais tout à fait indigne de votre faveur et l’attribuais à votre seule bienvaillance, je mettrais ainsi en doute l’impartialité d’un aréopage qu’aucun soupçon n’a jamais effleuré et si vous avez voulu faire mentir le proverbe que les absents ont toujours tort, je dois supposer que vous aviez pour cela quelque raison valable.  Mais vous me permettrez du moins de reconnaître en toute humilité que si j’ai pu contribuer en quelque faible mesure à accroître le bon renom de la Belgique à l’étranger, des circonstances fortuites y ont eu plus de part que mon mérite.  Il n’est pas surprenant que le sort m’ayant fait vivre longuement au délà de nos frontières, j’aie éprouvé le désir, que partage tout émigré, de donner aux étrangers une opinion favorable d’une patrie qui est sienne.  Parfois, il m’est arrivé aussi à Rome de me regarder comme chargé d’une mission secrète auprès des Académies pontificales ou fascistes et d’essayer d’accomplir le mieux possible les fonctions d’une sorte d’attaché scientifique des deux Ambassades de Belgique.

J’ai beaucoup lu les vieux astrologues, plus par devoir d’érudit que par goût pour leurs grimoires, et ils m’ont quleque fois incliné à penser que le destin des hommes est vraiment déterminé par le cours sinueux des planètes à travers les constellations du ciel et que ces astres errants conduisent infailliblement les mortels par des détours imprévus à des résultats inattendus.  Si Marco Polo n’avait pas été fait prisonnier par les Génois et pour tromper l’ennui de sa captivité n’avait pas dicté – en français afin de se faire mieux entendre – ses Souvenirs de Voyage, nous n’aurions pas le merveilleux récit des aventures du Marchand Vénitien à travers l’Asie du XIIIe Siècle, et son nom serait aujourd’hui enseveli dans l’oubli.  Je n’ai pas la prétention outrecuidante de comparer mes modestes tournées archéologiques aux audacieuses pérégrinations de ce caravaniste intrépide, mais si ma carrière n’avait pas été détournée de son cours normal par un accident, évidemment produit par quelque astre maléfique, sans doute ne serais-je jamais allé fouiller une vieille colonie grecque de l’Euphrate avec ces admirables sacripans de la Légion Etrangère, je n’aurais pas à mon retour visité l’immense champ de ruines d’Apamée, dont Mayence et Lacoste n’auraient pas reconstitué la colonnade altière avec l’aide du Fonds National et sans doute aucun de mes amis n’auraient jamais songé même à me proposer le Prix Francqui.

Selon la croyance des anciens, les ombres des défunts venaient prendre part aux banquets commémoratifs que leurs proches célébraient annuellement en leur honneur.  Au milieu de ce festin traditionnel, notre pensée évoque naturellement la présence de celui qui en a inauguré la tradition, de son héros fondateur comme auraient dit les Grecs.  A lui avant tout autre appartient d’une manière éminente l’honneur d’avoir augmenté le prestige international de la Belgique et lui-même eut mérité d’être le premier titulaire du prix qu’il voulut créer.  Il était de ces hommes exceptionnels dont le recul de l’histoire permet seul de mesurer la grandeur.

Il fut un des artisans les plus puissants de l’oeuvre poursuivie avec ténacité par un roi au longs espoirs et aux vastes desseins.  L’Europe était laors à l’apogée de sa puissance et la race blanche jouissait d’une suprématie qu’elle pouvait croire définitive.  Emile Francqui fu un de ceux qui étendirent sa domination jusqu’au coeur du continent noir et qui ensuite arrachèrent le Chine à son immobilité millénaire.  Ils terminèrent ainsi l’oeuvre commencée à la Renaissance et achevèrent de répandre la civilisation européenne à la surface de notre globe.  L’avenir mettra ces pionniers de l’époque Léopoldienne sur le même rang que ces hardis conquistadores qui donnèrent un monde nouveau à l’Espagne et sans doute la grandeur épique de leur oeuvre eût-elle mérité d’être chantée comme le fut l’entreprise de Vasco de Gama, dans de nouvelles Lusiades.

Mais ce qui distingue Francqui parmi tous les chefs de troupes coloniales, et les grands hommes d’affaires, ce qui transporte sa personnalité sur un autre plan et constitute à nos yeux érudits son mérite le plus élévé, ce sont les services insignes qu’il a rendus à la science.  Dois-je rappeler ici comment dans la désolation et la détresse de l’occupation allemande, il conçut le projet audacieux de restaurer les ruines non seulement matérielles mais intellectuelles accumulées par l’invations ? Son honneur durable sera d’avoir compris que pour redonner la prospérité à un pays dévasté, il fallait à la fois lui rendre la vie économique et l’activité scientifique sans laquelle la première s’étiole.  Personne de nous n’ignore comment la paix à peine rétablie, il trouva les moyens de réaliser ce dessein grandiose, comment prit naissance la Fondation Universitaire, largement dotée, comment à côté d’elle, a l’appel du Roi Albert dont tous nous vénérons la mémoire, fut constituté le Fonds National, comment enfin l’oeuvre entreprise fut couronnée par la Fonation Francqui.  Il serait oiseux de rappeler ici combien ces institutions ont favorisé ou plutôt ont produit une efflorescence rapide des hautes études après une guerre destructrice qui semblait devoir leur porter un coup mortel.  Nulle par ailleurs dans le monde civilisé ne se retrouve un pareil ensemble d’institutions qui prennent l’étudiant dès sa sortie du collège, l’aident et le soutiennent dans son travail jusqu’à sa formation complète, et lorsqu’il a trouvé la position que son intelligence et son labeur lui ont méritée, continuent à l’encourager dans ses recherches jusqu’à l’achèvement de son oeuvre.  Ainsi a été assurée la création continue d’une élite toujours renouvelée.  Vivant à Rome dans un milieu cosmopolite parmi des maîtres et des étudiants de toutes les nations, j’ai mieux compris le bienfait inappréciable que nous devons à Emile Francqui, en écoutant les plaintes de tous les intellectuels paralysés par une crise qui atteint à la fois les auteurs et les éditeurs.  Au spectacle des maux d’autrui on sent davantage son propre bonheur.  En échange de tout ce qu’elles nous donnent ces trois institutions ne nous imposent qu’un devoir moral, celui d’user de leurs largesses pour servir le haut idéal qui inspira leur premier fondateur et je m’efforcerai de n’y point faillir.

Si quelque chose pouvait nous faire moins regretter la disparition de ce grand réalisateur dont la force s’est éteinte, c’est que ses anciens collaborateurs, devenus ses successeurs, poursuivent son oeuvre avec la même largeur de vues, la même équité judicieuse et le même souci du bien public.

L’existence d’une maison comme celle où nous sommes réunis, libre de toute sujétion, se suffisant à elle-même, serait impossible dans les pays totalitaires où à certains elle paraît à peine concevable.  La puissance envahissante de l’Etat n’empiète point sur elle, les débats de la polititque s’arrêtent à sa porte, les divergences linguistiques n’en franchissent point le seuil, les controverses théologiques y eurent jamais accès.  Elle rappelle vraiment ces temples sereins des sages, ces sapientum templa serena élévés sur les cîmes, où selon Lucrèce, on goûte la douceur suprême de contempler de haut les agitations ambitieuses d’une foule égarée.  Mais ce sanctuaire olympien n’abrite pas l’ataraxie égoïste de philosophes épicuriens, mais est habitée par des hommes qu’anime le souci constant de servir une noble cause.

Je vous invite, Messieurs, à boire à la prospérité durable des trois institutions qui sont réunies dans cette demeure pour le plus grand bien de la Belgique et du monde – auguste trinité qui trouve une double unité en la personne d’un président sagace et en celle d’un vaillant directeur.

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