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Emile Francqui
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News

2019 Rapport Jury Laurens CHERCHYE – Bram DE ROCK – Frederic VERMEULEN

 

Remise solennelle du Prix Francqui Par Sa Majesté le Roi Philippe
au Palais des Académies le 6 juin 2019

 Carrière – recherche – Rapport du jury – Discours

Laurens Cherchye-Frederic Vermeulen-Bram De Rock

 

 

La carrière des lauréats

 

Laurens Cherchye est né le 19 novembre 1974. Fils de Wilfried Cherchye et Ingrid Bruneel, il a grandi à Vlamertinge dans une famille de trois enfants.

Après des études secondaires en section latin-sciences au collège Saint-Stanislas de Poperinge, il entame une candidature en sciences économiques appliquées sur le campus courtraisien de la KU Leuven, avant de poursuivre une licence en sciences économiques sur le campus de Louvain. Sous la supervision de Wim Moesen, il entame à Louvain un doctorat en sciences économiques. Au cours de son doctorat, qu’il défendra en 2001, il se spécialise dans les techniques non paramétriques pour l’analyse du comportement de production. En 2002, Laurens Cherchye entame son mandat post-doctoral du Fonds voor Wetenschappelijk Onderzoek (Fonds pour la Recherche scientifique). Il devient en 2005 chargé de cours à la KU Leuven, puis chargé de cours et professeur, avant de devenir professeur ordinaire en 2013. Actuellement, Laurens Cherchye est le doyen du campus courtraisien de la faculté d’économie et de sciences de gestion de la KU Leuven. De 2008 à 2009, il a été professeur invité à l’Université libre de Bruxelles et, de 2009 à 2011, professeur à l’Université de Tilburg. Il est également attaché au University College London en tant qu’Honorary Senior Research Associate, à l’Institute for Fiscal Studies en tant qu’International Research Fellow et à l’Université de Tilburg en tant qu’Extramural Fellow. Il est également rédacteur adjoint des revues spécialisées Economic Journal et Journal of Productivity Analysis.

Grâce à ses recherches, Laurens Cherchye a remporté le Management Science Strategic Innovation Prize de la European Association of Operational Research Societies (2006) et le prix de la Vlaamse Wetenschappelijke Stichting de la Koninklijke Vlaamse Academie van België voor Wetenschappen en Kunsten (2014). En 2014, il a également décroché un prestigieux « European Research Council Consolidator Grant ».
Laurens Cherchye est marié à Annelies Vandenberghe. Ensemble, ils ont trois enfants : Robbe (°1999), Lieselot (°2001) et Anna (°2003).
Bram De Rock, né le 25 avril 1977 à Bruges, est le plus jeune des trois lauréats. Il est le fils de Carlos De Rock et Agnes Goossens et a deux sœurs.

Après ses études secondaires en section latin-mathématiques au Collège Notre-Dame d’Assebroek (OLVA), il est parti à Louvain où il a obtenu une licence en mathématiques. En 2000, il entame ses études de doctorat en mathématiques sur le campus courtraisien de la KU Leuven sur le thème de la « théorie des points fixes », sous la supervision de ses promoteurs, le professeur Karel Dekimpe et le professeur Wim Malfait. En 2005, il entame ses études de doctorat en sciences économiques en collaboration avec les jeunes chargés de cours Laurens Cherchye et Frederic Vermeulen. Au cours de ses études, il se concentre sur l’analyse non paramétrique du comportement de choix des ménages pluripersonnels. Tout cela le conduit à défendre avec succès une première thèse en sciences (option mathématiques) et une deuxième en sciences économiques. Après un court passage à la KU Leuven en tant que chercheur post-doctoral, Bram De Rock est engagé en 2007 par l’Université libre de Bruxelles et devient membre du célèbre centre de recherche ECARES. En 2010, il devient chargé de cours principal, en 2011 professeur, et en 2013 professeur ordinaire. Il combine cette nomination avec un poste à temps partiel sur le campus courtraisien de la KU Leuven, d’abord comme chargé de cours temporaire et, depuis 2015, comme professeur ordinaire nommé. Il est également associé au University College London en tant que Honorary Senior Research Associate et à l’Institute for Fiscal Studies en tant qu’International Research Fellow. Bram De Rock est aussi rédacteur adjoint de la revue spécialisée Mathematical Social Sciences, directeur d’ECARES et vice-doyen Recherche de la faculté Solvay Brussels School – Economics & Management.

Ses recherches ont été couronnées par le prix du conseil de la recherche de la KU Leuven et la Chaire Francqui de l’Université de Namur. Il a également décroché un prestigieux « European Research Council Starting Grant ».

Bram De Rock est marié à Michelle Braeken. Ensemble, ils ont trois enfants : Daan (°2005), Anna (°2007) et Klara (°2010).
Frederic Vermeulen est né à Courtrai le 16 avril 1974. Il est le plus jeune des quatre enfants de Norbert Vermeulen et Lucienne Deprez.
Il a effectué ses études secondaires en section économie-mathématiques au collège Saint-Amand de Harelbeke et de Courtrai. Après ses études secondaires, il s’inscrit en candidature en sciences économiques appliquées sur le campus courtraisien de la KU Leuven, où il partagera les bancs de l’auditoire avec Laurens Cherchye. Frederic Vermeulen rejoint ensuite l’UFSIA (aujourd’hui intégrée à l’université d’Anvers) pour y suivre une licence en sciences économiques appliquées. Après ces études, il entame un doctorat en sciences économiques à la KU Leuven, avec le professeur André Decoster en tant que promoteur. Dans sa thèse, qu’il défend 2002, il développe des modèles collectifs afin de décrire le comportement de l’offre de travail d’individus dans des ménages pluripersonnels et analyser l’impact, sur le comportement de choix, de réformes de l’impôt sur le revenu. En 2003, Frederic Vermeulen intègre l’université de Tilburg, où il exerce un mandat post-doctoral. Il devient chargé de cours au département Econométrie et Operations Research en 2005, pour y être nommé quelques années plus tard professeur de micro-économie. En 2012, il revient à la KU Leuven en tant que professeur chercheur au département Économie. Trois ans plus tard, il devient professeur ordinaire.

Depuis juillet 2012 et jusqu’en septembre 2019, Frederic Vermeulen est rédacteur en chef de l’Economic Journal, l’une des plus anciennes revues de sciences économiques. Il est le premier membre d’une université belge à qui revient cet honneur. Auparavant, il a siégé au sein du comité de rédaction de la Review of Economic Studies. Il est aujourd’hui rédacteur adjoint de la Review of Economics of the Household et de l’Economist, ainsi qu’International Research Fellow à l’Institute for Fiscal Studies de Londres et à l’Institute of Labor Economics de Bonn.
Frederic Vermeulen vit à Anvers avec sa fiancée Karima Moussaoui et ses deux enfants Felix (°2007) et Juliette (°2009) qu’il élève en garde alternée.

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Les recherches des Lauréats

 

Recherches méthodologiques à impact sociétal

Les recherches de Laurens Cherchye, Bram De Rock et Frederic Vermeulen relèvent de la micro‑économie, la branche des sciences économiques qui modélise le comportement de choix des agents économiques individuels. Plus spécifiquement, leurs recherches portent sur le comportement de choix des ménages en matière d’offre de travail, de consommation, de répartition de l’argent et du temps passé dans les différentes activités au sein des ménages et même de mariage. Bien que leurs recherches soient principalement de nature méthodologique, elles ont une utilité sociétale directe : elles fournissent des instruments permettant d’analyser de manière plus pointue les effets des politiques publiques sur les choix individuels et offrent notamment la possibilité de mesurer plus précisément la pauvreté et l’inégalité que les méthodes qui sont d’usage à l’heure actuelle.

À la fin des années 80, l’économiste Pierre-André Chiappori a posé les bases du modèle collectif. Ce modèle tient compte expressément du fait que les individus dans les ménages pluripersonnels ont leurs propres préférences et qu’ils entretiennent des interactions complexes les uns avec les autres. Celles-ci dépendent notamment des positions de négociation qu’adoptent les individus. Ce modèle attractif, qui capte mieux la réalité des ménages que ses équivalents courants, permet en principe de satisfaire à deux objectifs cruciaux de la micro-économie : les hypothèses peuvent potentiellement être rejetées si elles sont confrontées au comportement de choix observé et les composants structurels du modèle peuvent être identifiés. Les composants structurels dans ce cas sont les préférences des membres du ménage ainsi que la règle de répartition qui décrit l’attribution des moyens entre les différents membres du ménage et qui en présente la position de négociation. Le premier objectif, le rejet potentiel des hypothèses, permet d’évaluer si un modèle donne une description adéquate de la réalité. Le deuxième objectif permet notamment d’analyser l’impact de réformes de la politique publique et de se prononcer sur cet impact avant même qu’une réforme ne soit mise en œuvre.

La confrontation du modèle collectif et l’identification des éléments structurels du modèle collectif ne s’avèrent cependant pas évidentes. Deux problèmes fondamentaux peuvent être distingués en l’occurrence : d’une part, les choix au sein de ménages pluripersonnels sont influencés par les différentes préférences de plusieurs individus qui interagissent les uns avec les autres de manière complexe. Il faut ensuite ajouter un problème de données, car la plupart des séries de données ne contiennent des informations qu’à propos des décisions agrégées des ménages. Elles ne contiennent, par exemple, pas d’informations sur la répartition des moyens du ménage entre ses différents membres.

Identifier les préférences individuelles et la règle de répartition de manière innovante

Dans une série d’articles publiés dans les revues les plus prestigieuses des sciences économiques, les lauréats ont développé des méthodes solides pour vérifier si le modèle collectif offrait une description adéquate du comportement de choix observé des ménages. Ils ont ensuite découvert une manière très innovante d’identifier les préférences individuelles des membres du ménage et la règle de répartition. Et ce, avec un minimum d’hypothèses et de façon applicable à des séries de données qui ne donnent pas d’indications sur la répartition des moyens entre les membres du ménage. À cet effet, ils ont étendu la théorie des « préférences révélées », introduite à la fin des années 30 par le lauréat du prix Nobel Paul Samuelson, afin de la rendre applicable au modèle collectif. Dans un premier temps, ils ont entièrement caractérisé le modèle collectif d’une manière non paramétrique (sans formuler d’hypothèses fonctionnelles et sans informations à propos de la répartition des moyens) et donc solide. Dans un deuxième temps, ils ont démontré l’applicabilité de leur méthode sur la base de séries de données comportant les choix observés des ménages. La méthode nécessitant une puissance de calcul importante, ils ont utilisé des techniques de « mixed integer linear programming », courantes en recherche opérationnelle, mais beaucoup moins connues dans les sciences économiques. Enfin, ce qui est très important du point de vue des décideurs, ils ont démontré à l’aide de leur méthode que les moyens pouvaient être répartis très inégalement entre les membres du ménage et que la pauvreté parmi les femmes était systématiquement sous-estimée par rapport aux chiffres de la pauvreté basés sur les méthodes de mesure standards.

Le marché du mariage

Les recherches décrites précédemment permettent de se faire une idée solide des préférences et des positions de négociation des individus dans les ménages. Dans leurs dernières recherches, les lauréats vont encore plus loin. En combinant les implications empiriques de la théorie du marché du mariage, formulée dans les années 70 par le lauréat du prix Nobel Gary Becker, avec le modèle collectif et la théorie des préférences révélées, ils ont démontré que le marché du mariage avait des conséquences sur la répartition du temps et de l’argent au sein des ménages et sur les préférences matrimoniales. L’une des conséquences est qu’il existe un comportement d’homogamie (ou « assortative mating ») sur le marché du mariage. Ce comportement d’homogamie peut porter sur le revenu des individus, leur niveau de formation et leur patrimoine, mais aussi sur des facteurs plus immatériels tels que leur apparence ou leurs traits de personnalité. L’analyse structurelle de ce comportement d’homogamie permet de mettre les évolutions sur le marché du mariage en relation avec le bien-être individuel des membres du ménage.

Données plus nombreuses

Une dernière contribution des lauréats est d’avoir été les premiers à avoir repris, de manière systématique et plus complète, des questions qui sondent la répartition des moyens entre les membres du ménage, dont les enfants, dans des séries de données représentatives. Cette ligne de recherche a confirmé que les moyens pouvaient être répartis très inégalement au sein des ménages et permet de développer des modèles collectifs riches qui concernent spécifiquement le bien-être des enfants et l’influence que peuvent exercer sur celui-ci le temps et l’argent que consacrent les parents. De tels modèles constituent potentiellement un élément important dans l’explication de l’écart croissant entre les enfants de ménages défavorisés et favorisés.

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Rapport du Jury (13 avril 2019)

 

The jury of selection has chosen Laurens Cherchye, Bram De Rock and Frederic Vermeulen to share the 2019 Francqui Prize for their innovative and important work on decision-making by households.

Up until the 1980s, economists tended to view choices by households as if made by a single individual. The work by Cherchye, de Rock and Vermeulen considers a more realistic setting where relationships within the household influence both individual and collective behaviour. Their framework can be applied to a range of decisions, not only consumption but also work, child-care, education, and health.

This internationally recognized line of work is increasingly relevant in our times where demographic, social and economic changes have affected gender relationships within households as well as the very formation of households. This research makes economics more useful and more complementary with other social sciences. Applying techniques from mathematics and statistics to household data, it draws surprisingly sharp conclusions about how people will gain or lose when the economic environment changes.

The work has proved valuable for evaluating policy proposals such as changes in child benefits, tax rates, and reducing pay differentials between men and women.

Jury International dans lequel siégeaient :

Eric Maskin is the Adams University Professor and Professor of Economics and Mathematics at Harvard. He has made contributions to game theory, contract theory, social choice theory, political economy, and other areas of economics. He received his A.B. and Ph.D from Harvard and was a postdoctoral fellow at Jesus College, Cambridge University. He was a faculty member at MIT from 1977-1984, Harvard from 1985- 2000, and the Institute for Advanced Study from 2000-2011. He rejoined the Harvard faculty in 2012. In 2007, he was awarded the Nobel Memorial Prize in Economics (with L. Hurwicz and R. Myerson) for laying the foundations of mechanism design theory.

Président

et

Donald Katz completed his undergraduate studies at Brown University, after which he received a dual degree in Clinical Psychology and Neuroscience at Indiana University. Upon completing his Neuroscience doctorate on the role of the cerebellum in motor learning, he moved to Duke University Medical Center in Durham, North Carolina, where he learned advanced neural recording techniques and became obsessed with how the brain determines the palatability of a taste stimulus in the mouth. He has taken this interest to Brandeis University in Boston, Massachusetts, where he is now a Full Professor of Psychology and Neuroscience, overseeing work that breaks new ground on our understanding of complex population coding of taste and taste learning.

Rianne Letschert (1976) studied International Law at Tilburg University, the University of Amsterdam and the University of Montpellier. In March 2011 Letschert was appointed professor to the newly established chair in Victimology and International Law at Tilburg University. Professor Letschert received a Vidi grant from the Netherlands Organisation for Scientific Research (NWO) in May 2015 for her research on the impact of international tribunals on societies and people who are confronted with serious violations of human rights and international crime. Professor Letschert has been Rector Magnificus of Maastricht University since 1 September 2016.

Mahzarin Banaji is Richard Clarke Cabot Professor of Social Ethics in the Department of Psychology at Harvard University (www.fas.people.harvard.edu/~banaji) and was previously Reuben Post Halleck Professor of Psychology at Yale University. Banaji studies implicit social cognition – the way minds and brains acquire and use knowledge to make judgments about others and themselves.  Banaji is a member of the American Academy of Arts and Sciences, Herbert Simon Fellow of the American Academy of Political and Social Science, the British Academy, and the National Academy of Sciences. In 2016 Banaji received the William James Fellow Award for “a lifetime of significant intellectual contributions to the basic science of psychology” from Association for Psychological Science, an organization of which she also served as president.  In 2017 she received the American Psychological Association’s Award for Distinguished Scientific Contribution.  Her public teaching project may be found at outsmartinghumanminds.org

Melinda Mills, MBE, FBA is the Nuffield Professor of Sociology and Director of the Leverhulme Centre for Demographic Science at the University of Oxford. She was previously Editor of European Sociological Review and is on the Executive Council of the ESRC UK Science Council and Supervisory Board of the Dutch Science Council. Her current work focusses on the intersection between social sciences and molecular genetics.

John Muellbauer is a Senior Research Fellow of Nuffield College and a Senior Fellow of the Institute for New Economic Thinking at the Oxford Martin School, Oxford University. He is a Fellow of the British Academy and of the Econometric Society. He is best known for his work on household economics and on finance-real economy interactions and is a regular contributor to https://voxeu.org.

Membres

et

Jean Spreutels – Professeur à l’Université Libre de Bruxelles
Président honoraire à la Cour constitutionnelle

Consultant

 

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Discours du Comte Herman Van Rompuy
Président de la Fondation Francqui

 

De overhandiging van de Francqui-prijs is telkens bijzonder omdat het de hoogste wetenschappelijke onderscheiding in België is maar dit jaar is het driedubbel bijzonder omdat er drie laureaten zijn, – Bram De Rock, Laurens Cherchye en Frederic Vermeulen – die niet naast mekaar maar met elkaar gewerkt hebben, behorend tot verschillende universiteiten, uit de twee gemeenschappen trouwens, de KUL en de ULB. De KULAK uit Kortrijk put bovendien nog een speciale fierheid uit deze prijs. Voor mij is het ook bijzonder omdat ik van huize uit economist ben. Mijn vader was professor economie maar zelf had ik geen wetenschappelijke activiteit. Soms dicht men mij die verdienste toe en ik moet toegeven dat ik dat dan niet tegenspreek. Als ik dan toch economist ben dan is mijn discipline macro-economie. De laureaten zijn briljante micro-economen.

De internationale jury die ook deze keer geleid werd door Nobelprijswinnaar economie Eric Maskin, kwam snel en unaniem tot een besluit. De motivatie aan de jury was de volgende:

‘Het trio economen heeft een methodologie ontwikkeld die de keuzes van individuele gezinsleden en de verdeling van geld en tijd binnen het gezin kunnen verklaren en voorspellen.
Het onderzoek kreeg veel lof voor de maatschappelijke relevantie. Via de methodologie kunnen de gevolgen van overheidsmaatregelen, zoals de hervorming van de personenbelasting, op de beslissingen van een gezin en de bijhorende verdeling van het individuele welzijn vastgesteld worden.’

Wij zijn veraf van de heroïsche klassieke hypothese van de consument die streeft naar het maximaal genot en die vrolijk ‘la colline du plaisir’ bestijgt zoals de handboeken het beschrijven. Een mens leeft niet alleen, niet op zichzelf en niet voor zichzelf. Geld is niet zijn enige drijfveer. We zijn gecompliceerder dan het louter genietend individu. De economie is een menswetenschap die geheel het handelen van een mens tracht te vatten, hoe hij of zij zo goed mogelijk met schaarse middelen zijn of haar doelstellingen wil bereiken. Die middelen en die objectieven zijn echter veelvuldig en pluriform. Onze laureaten van vandaag zijn op zoek naar wie wat beslist in een gezin en welke de gevolgen zijn, ook in termen van rechtvaardigheid: naar wie gaat het voordeel van die beslissingen? Wie geniet aan wat?

Nos trois économistes vont plus loin que la description. Ils fournissent aux décideurs un outil pour expliquer les conséquences de leurs choix. Un homme d’État belge avait un jour ce bon mot : « J’agis, puis je refléchis ». Heureusement, ce n’est pas toujours le cas, mais les décideurs politiques amélioreraient la qualité de leurs décisions en examinant, par exemple, l’impact sur la répartition des revenus, comme c’est déjà le cas pour l’impact sur l’environnement et le climat ou sur la qualité et la quantité des réglementations.
Malheureusement, l’intention d’être juste ne suffit pas. Si possible, les bonnes intentions doivent être fondées sur la science. Les experts ne sont pas toujours très appréciés par les hommes politiques. Ils sont souvent considérés comme des brouilleurs. Si certains responsables politiques ne sont pas d’accord avec les experts, ceux-ci sont rapidement catalogués comme des gens détachés de ce monde, des irréalistes, ‘wereldvreemd’. Un mot qui malheureusement est souvent utilisé aujourd’hui. Les divisions entre les scientifiques servent d’argument pour saper tout fondement scientifique. Dans le débat Brexit, les faits doivent faire place à l’idéologie et aux émotions. Il y a des négationnistes en matière de climat, non pas parce qu’il existe des preuves scientifiques contre le réchauffement climatique, mais simplement parce qu’un certain nombre de personnes n’acceptent pas une politique climatique audacieuse, même si les efforts sont equitablement partagés. La science doit continuer à confronter les politiques et le public aux faits. Alors que les valeurs des Lumières sont invoquées, les préjugés idéologiques et les émotions égoïstes sont le contraire.
Les scientifiques ont un rôle à jouer dans ce qu’on appelle le débat sociétal. Les instituts et les universités ont aussi une tâche, voire une mission. Bien sûr, il y a la recherche fondamentale qui peut être séparée de cela, mais, dans la mesure du possible, les scientifiques peuvent tenir un miroir pour la société. Quelles sont les conséquences de nos actions? N’oublions jamais le mot: ‘Nos actes nous suivent’ ! À l’époque où nous vivons, où tant de choses sont en jeu, les scientifiques ne devraient pas avoir peur. Il se peut même qu’ils ne soient à terme les vrais réalistes ! Ce qui n’est toujours pas pertinent aujourd’hui pourrait bien l’être à l’avenir. Il peut y avoir des précurseurs. Il y a toujours trop de suiveurs. Les intellectuels doivent être conscients de l’adage : ‘Non possumus non loqui’, nous ne pouvons rester silencieux. Les scientifiques ne devraient pas plaire. Ils ne doivent pas être élus. Ils sont au service de la vérité, sachant que leur recherche ne s’arrête jamais et que chaque hypothèse peut être réfutée, complétée et parfois confirmée.

Il n’y a pas de consensus sociétal spontané sur la direction dans laquelle l’Europe, notre pays et notre société devraient évoluer, sur la seule base des faits et de la compréhension scientifique. Mais la démocratie d’autre part, ne peut pas seulement être le choc des intérêts, des émotions et des préjugés, qui prétend souvent être le soi-disant choc des idées. La vie est bien sûr plus que la raison. La vie est plus riche, mais nous ne devons jamais renoncer à notre amour des faits, qu’il s’agisse du budget, de la répartition des revenus, du climat ou de la cohésion sociale, du sentiment de bonheur et du bien-être.
Die standaard mogen onze universiteiten nooit laten zakken. Dat doen ze ook vandaag niet maar dat mogen ze zeker niet doen in de verwarde tijden die nog maar pas begonnen zijn.

De drie laureaten hebben een wetenschap. pelijke, een maatschappelijke en een sociale bewogenheid. Ik wou bij deze laatste dimensie nog iets toevoegen. De sociale kwestie is terug aan de orde, weliswaar op een andere wijze als destijds en ook niet zoals het probleem zich stelt in de States waar de lonen de jongste veertig jaar met amper 5 % in reële termen stegen terwijl de productiviteit haast verdubbelde. Maar we moeten er ons van bewust zijn dat ongelijkheden in een aantal Europese landen groeiende zijn en dat de gevoelens daaromtrent ook sterker worden. Zij verklaren gedeeltelijk ook de toename van polarisering en zelfs van het extremisme bij de jongste Europese verkiezingen. De verschillen tussen lager en hoog opgeleiden, de afkalving bij lagere midden-inkomens, verklaren Brexit, de polarisering in de Verenigde Staten, de sociale onrust in Frankrijk en elders. De economische wetenschap kan ons bij de verklaring van die verschuivingen zeer behulpzaam zijn. Wij staan hier niet voor een conjunctureel, een voorbijgaand verschijnsel maar voor een structurele breuk die onze wijze van samenleven, onze ‘way of life’ beïnvloedt. Wij staan niet voor een storm maar voor een geestelijke klimaatverandering. De technologie, resultaat van de exacte wetenschap, woelt onze beschaving om die dan op haar beurt moet ontleed worden door de menswetenschappen. Beide staan meer met elkaar in verbinding dan velen denken. Ik kan dan ook niet anders dan wetenschappers aan te moedigen om ons te helpen klaar te zien teneinde een beter beleid te kunnen voeren en onze samenleving meer stabiliteit te geven, waarnaar het zo verlangt.
Het werk van de winnaars van de Francquiprijs 2019 inspireert mij tot deze gedachte en tot deze oproep. Mag ik trouwens het trio van vandaag nogmaals gelukwensen en hen aanzetten op de ingeslagen weg verder te werken? Proficiat.

 

 

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Discours des Professeur Laurens Cherchye, Bram De Rock et Frederic Vermeulen

 

Sire
C’est un honneur extraordinaire pour nous de recevoir le prix Francqui de Votre Majesté. Votre présence ici au Palais des Académies montre sans équivoque combien Vous-même et l’ensemble de la Famille Royale savez apprécier et encourager la recherche scientifique fondamentale. Il s’agit d’une reconnaissance particulière de notre domaine de recherche qui, par le biais d’une analyse empirique du comportement de choix des agents économiques, tente d’évaluer l’impact des politiques gouvernementales et de formuler des recommandations pour leur mise en
application.

Excellenties, Excellences, zeer geachte Dames en Heren, Mes Dames, Messieurs,

Blijdschap en dankbaarheid overheersen bij het ontvangen van de Francqui-Prijs. Tegelijkertijd worden we ook vervuld door een sterk gevoel van nederigheid, wanneer we in de lijst van laureaten terechtkomen naast iconen van de Belgische wetenschap zoals professor George Lemaître en Nobelprijswinnaars zoals bijvoorbeeld recent nog professor François Englert. Wij zijn slechts een voetnoot in de wetenschapsgeschiedenis. Maar het geeft ons een onbeschrijflijk goed gevoel om die voetnoot te mogen zijn. We zijn ook ten zeerste verheugd dat er dit jaar, voor het eerst sinds 1933, er niet één maar drie laureaten zijn van de Francqui-Prijs. Het is een bekroning van onze gezamenlijke onderzoeksagenda die we opstartten in 2004 en benadrukt vooral de kracht van onze samenwerking, die gekenmerkt wordt door een wonderbaarlijke complementariteit van onze individuele expertises. Een mooie illustratie van het feit dat het geheel vaak groter is dan de som van de individuele delen.  Een wetenschappelijke samenwerking die intussen doorgroeide tot een intense persoonlijke vriendschap. We mochten vele successen samen delen, maar konden ook rekenen op elkaars niet aflatende steun tijdens de moeilijke momenten in onze levens. We begonnen als goede collega’s maar werden de spreekwoordelijke vrienden voor het leven.

We zijn de Francqui-Stichting heel erg dankbaar dat onze samenwerking nu op deze manier kan worden beloond. We zien deze prijs dan ook vooral als een promotie van onderzoekssamenwerking. Samenwerking tussen individuen, want waardevol wetenschappelijk onderzoek is zelden het werk van slechts één persoon. “Team science, top science”, zoals Rector Sels van de KU Leuven ons zei. De metafoor dat
we in de wetenschap dwergen zijn die op de schouders van reuzen staan is alom gekend. We willen eraan toevoegen dat we met heel veel dwergen op de schouders van reuzen staan. En dat we elkaar goed moeten vasthouden om er niet af te vallen en om wetenschappelijke vooruitgang te boeken. Bij deze willen we dan ook onze vele co-auteurs en medewerkers, waarvan een aantal vandaag hier aanwezig zijn, mee in de hulde betrekken. Deze prijs is voor een belangrijk deel ook hun prijs.

L’objectif initial de la Fondation Francqui, tel qu’il avait été formulé lors de sa fondation en 1932, est d’encourager non seulement la coopération entre individus, mais également entre institutions scientifiques, indépendamment des frontières linguistiques. Notre cas est un exemple de cette coopération qui réunit l’Université libre de Bruxelles et la KU Leuven. L’initiative ECORES au sein de notre propre discipline, qui s’appuie sur les départements économiques de l’Université libre de Bruxelles, de l’Université catholique de Louvain et de la KU Leuven, est un autre bel exemple. Stimuler et développer davantage la coopération interuniversitaire ne peut que promouvoir la visibilité internationale de la recherche scientifique en Belgique.

Samenwerking, en het geheel dat veel meer is dan de som van de afzonderlijke delen: het zijn tevens twee kernkenmerken van gezinnen, ons fascinerende onderzoeksonderwerp. Elk gezin vult beide aspecten op zijn eigen manier in. Ons onderzoek ontwikkelt methoden die pogen deze samenwerkingsmechanismen te ontrafelen en tegelijk de verscheidenheid tussen gezinnen te respecteren. Onze uiteindelijke doelstelling is om zo de waargenomen gezinsbestedingen van tijd en geld beter te kunnen verklaren, en vervolgens de impact van deze bestedingen op het
welzijn van de individuele gezinsleden te kunnen evalueren. Deze prijs bekroont in eerste instantie ons methodologisch onderzoek. Gestimuleerd door deze erkenning, en in onze groei naar volwassenheid als onderzoekers, is onze ambitie voor de toekomst om de methoden die we ontwikkelden ook toe te passen op concrete beleidsvraagstukken met een groot maatschappelijk belang. Hierbij willen we
ons voornamelijk richten op twee in onze ogen bijzonder relevante toepassingsgebieden.  Eerst en vooral willen we onze methoden aanwenden voor een grondige analyse van het bij uitstek belangrijkste goed van onze maatschappij: het welzijn van kinderen.
Meer bepaald, via het verwerven van een beter inzicht in de besluitvorming binnen gezinnen, kunnen onze methoden worden gebruikt om een meer effectief beleid te ontwikkelen inzake de kloof tussen kansarme en kansrijke kinderen. Dit speelt in op de toenemende empirische evidentie die het belang van het vroeg investeren in kinderen onderstreept. Een beleid dat resulteert in een meer optimale investering van tijd en geld in jonge kinderen leidt op ondubbelzinnige manier tot een grotere maatschappelijke welvaart, ongeacht het welvaartscriterium dat wordt gehanteerd.

Deuxièmement, et en lien étroit avec ceci, nous voulons à l’avenir nous concentrer davantage sur la question de la pauvreté et des inégalités dans les pays en voie de développement. Une partie de nos recherches existantes se concentre déjà sur le bien-être individuel au Malawi et au Kenya. Elles nous permettent d’encore mieux réaliser à quel point nous bénéficions ici d’institutions fortes et de relativement nombreux équipements publics et ressources pour l’éducation, des choses que nous tenons trop souvent pour acquises. Par exemple, nous avons mené au Kenya une expérience où les parents pouvaient dépenser une somme importante pour leur propre consommation et/ou pour les repas de leurs enfants. Au-delà des résultats de cette recherche, nous avons été touchés de constater l’impact immédiat de notre plan de recherche sur le bien-être des enfants concernés. Espérons que de telles expériences ne seront plus nécessaires à l’avenir.

Wij zijn er van overtuigd dat meer inzicht krijgen in hoe gezinnen beslissen over de bestedingen van hun tijd en geld en hoe de context hier een impact op heeft, een cruciaal element is in het opstellen van een meer effectief beleid met betrekking tot kinderen en armoede. De eer die wij vandaag mogen ontvangen motiveert ons om ons blijvend in te zetten voor de maatschappij, niet alleen via onze kerntaken fundamenteel
onderzoek en universitair onderwijs, maar vooral ook door de interactie tussen onderzoek en beleid nog beter te benutten.

Wij zijn dankbaar vandaag. We willen onze instellingen, de Université libre de Bruxelles en de KU Leuven, danken omdat ze toekomst in ons zagen, en omdat ze zulke gunstige omstandigheden creëerden voor het uitbouwen van ons onderzoek. Hierbij willen we ook de Kortrijkse campus Kulak speciaal vermelden, waar onze samenwerking in 2004 voor het eerst concreet gestalte kreeg.

Nous souhaitons également remercier expressément le professeur Mathias Dewatripont, qui nous a nominé pour le prix Francqui. Nous lui sommes très reconnaissants de ses encouragements continus et de sa confiance en nos capacités.

Nous souhaitons également exprimer nos plus grands remerciements au jury du prix Francqui. Il est extrêmement stimulant qu’un jury composé de femmes et d’hommes travaillant dans des disciplines très variées, apprécie notre travail et souhaite nous
récompenser de cette prestigieuse reconnaissance.

We danken onze ouders, families en vrienden, om ons leven zo rijk te maken en ons de kracht te geven om onze ambities waar te maken. Jullie talrijke aanwezigheid vandaag is voor ons het zoveelste teken van onze sterke band. Tot slot, willen we natuurlijk ook heel in het bijzonder onze gezinnen, onze eigen “privé-laboratoria” als het ware, vermelden. Dankjewel aan onze fantastische kinderen. Wij zijn uitermate trots op jullie. Dankjewel ook aan onze geliefden Annelies, Karima en Michelle. Zonder jullie onvoorwaardelijke steun stonden wij hier vandaag niet.

We sluiten graag af met een citaat van de onvolprezen schrijver Antoine de Saint-Exupéry, dat goed de bijzondere synergie en het belang van samenwerken naar een gemeenschappelijk doel verwoordt : Liés à nos frères par un but commun et qui se situe en dehors de nous, alors seulement nous respirons et l’expérience nous montre qu’aimer ce n’est point nous regarder l’un l’autre mais regarder ensemble dans la même direction.

Sire, excellenties, mijnheer de voorzitter, dames en heren, we danken U allen van harte.

Nous vous remercions de tout coeur.

Promoteur Mathias Dewatripont Prix Francqui 1998