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Curriculum Vitae
Universitaire Diploma's
Doctor in Geneeskunde, Université Libre de
Bruxelles, 1981
Geaggregeerde van het Hoger Onderwijs, Université Libre de
Bruxelles, 1990
Academische functies
Geassocieerd Docent aan de Université Libre de
Bruxelles sinds 1995
Curriculum vitae
Aspirant FNRS, 1981-1986
Onderzoeksleider FNRS, IRIBHN, ULB 1986-1990
Chercheur qualifié FNRS, en daarna Maître de
recherche FNRS, IRIBHN, ULB, 1990-1994
Geassocieerd Docent, IRIBHN, Université Libre de Bruxelles, 1995
Varia
Laureaat van de wedstrijd voor Reisbeurzen, 1983
Prijs Marc Herlant, 1985
Galien-Prijs voor Farmacologie, 1991
Laureaat van de « Belgian Endocrine Society Lecture », 1993
Prijs Harrington De Visschere van de
“European Thyroid Association” , 1994
Prijs Merck-Sharpe and Dohme, 1997
Prijs Liliane Bettancourt voor de
Wetenschap van het Leven, 1998
Corresponderend lid van de « Académie Royale de Médecine de
Belgique »
* * *
Verslag van de Jury( 10 april 1999)
Beginning with his earliest work, Professor Marc Parmentier has
been associated with a series of internationally recognised
contributions. These include areas of cell communication via
membrane receptors and signalling mechanisms implicated in this
proces. The breadth and depth of these studies have influenced
a number of disciplines including endocrinology, neurobiology
and HIV disease.
The
Jury proposes to award the 1999 Francqui Prize to Professor Marc
Parmentier of the Free Universitt of Brussels (French) in
special consideration of his fundamental observations on the
structure and function of G-protein-coupled receptors. Of
special significance are Professor Parmentier's contributions to
the field of co-receptors for HIV infection and their primordial
role in HIV pathogenesis.
De internationale jury waarton behoren :
Professor Wolfgang PFLEIDERER
Professor at the University of Konstanz
Department of Chemistry
Konstanz - Duitsland
Voorzitter
en verder
Professor Fritz
H. BACH
Director of the Immunobiology Research Center
Beth Israel Deaconess Medical Center
Lewis Thomas Professor Harvard Medical School
Boston MA - USA
Professor
Michael J. BERRIDGE
Professor at the Babraham Institute
Laboratory of Molecular Signalling
Cambridge - UK
Professor Keld
DANO
Professor at the University of Copenhagen
Director of the Finsen Laboratory
Rigshospitalet
Denemarken
Professor
Raymond A. DWEK
Director of the Glycobiology Institute
Professor at the University of Oxford
UK
Professor
Richard EBSTEIN
Professor at the Sarah Herzog Memorial Hospital
Ben Gurion University of the Negev
Director of the Centre for the Study Complex Diseases and Aging
Jerusalem - Israel
Professor Craig
GERARD
Professor at the Harvard Medical School
Children's Hospital
Perlmutter Laboratory
Boston - USA
Professor Jean
GIRARD
Professor at the University of Paris V
Centre de Recherche "Endocrinologie et métabolisme" - C.N.R.S.
Meudon-Belleville - Frankrijk
Professor
William HILL
Professor at the University of Edinburgh
Institute of Cell, Animal and Population Biology
UK
Professor Carl
H. JUNE
Professor of Molecular and Cellular Engineering and
Medicine
University of Pennsylvania
USA
Professor Rolf
KEMLER
Professor and Director of the Max-Planck-Institut für
Immunobiologie
Freiburg - Duitsland
Professor J.
LEAVER
Professor at the University of Oxford
Head of Department of Plant Sciences
UK
Professor Colin
SANDERSON
Professor at the Institute for Child Health Research
TVWT - Molecular Immunology Division
West Perth - Australië
Professor Mark
WAINBERG
Professor at the Jewish General Hospital
Director at the McGill University AIDS Centre
Montreal, Québec - Canada
* * *
Toespraak van
Baron Jacques Groothaert,
Voorzitter van de
Francqui-Stichting
Monseigneur,
Nous remercions le Prince d’honorer de sa
présence cette cérémonie de remise du Prix Francqui 1999.
Chaque année, elle donne l’occasion
d’attirer l’attention sur l’importance vitale de la recherche
scientifique, d’exprimer fierté et satisfaction devant la
qualité, internationalement reconnue, du travail de nos
chercheurs et de nos institutions universitaires, et aussi de
formuler des regrets et d’énoncer des motifs d’inquiétude face à
la faiblesse des moyens dont ils disposent par accomplir leur
tâche.
Parmi les multiples défis que rencontre
l’Europe dans un monde sans cesse en transformation, celui de la
compétitivité scientifique et technologique figure au premier
plan. L’Europe fait face aux défis concurrentiels d’une société
post-industrielle informatisée, dont elle n’est plus le modèle,
dès lors que lui échappe la maîtrise d’une mondialisation dont
elle avait pourtant montré la voie, dans tous les domaines,
depuis un demi-millénaire. Elle disposait – et, soulignons-le,
elle dispose encore – d’atouts considérables, réunis dans un
modèle de civilisation aux apports multiples dont les fils
conducteurs ont été l’acquisition systématique du savoir et
l’approfondissement de la recherche. Mais comme l’ont
constaté et proclamé les observateurs les plus compétents,
l’Europe reste égale aux Etats-Unis en recherche fondamentale
mais sa politique d’application est inefficace. L’explosion des
nouvelles technologies creuse l’écart et rend probable sa
distanciation progressive. Est-il surprenant, dès lors,
d’assister à une préoccupante fuite des cerveaux ?
Notre pays, et ses dirigeants responsables,
doivent se montrer conscients des conséquences d’une évolution
clairement analysée et démontrée.
D’une part, comme le notait un rapport du
Conseil Académique Belge des Sciences appliquées, « Si la
qualité des chercheurs belges se compare favorablement à celle
de leurs pairs européens, la rémunération qui leur est proposée
et les conditions d’emploi actuelles ont pour effet d’accentuer
leur départ vers l’étranger ».
En verder :
De totale financiële
inspanning van de overheid ten gunste van Onderzoek en
ontwikkeling is naar verhouding merkelijk lager dan in onze
buurlanden en heeft de evolutie van het BBP niet eens gevolgd.
De verstrooiing van de inspanningen ten gunste van het
wetenschappelijk onderzoek over verschillende overheden is
nadelig voor doeltreffend speurwerk. Een politiek van
concentratie van onderzoeksinspanningen, samengaand met een
stelselmatige toetsing van der verworven en potentiële
resultaten, en beschikkend over ruimere, betrouwbare,
oordeelkundig verdeelde en aan voortgaande programma’s bestede
geldmiddelen, zou België in staat stellen zijn plaats in de
Europese wetenschappelijke wereld niet kwijt te raken. Die
politiek en die plaats zijn noodzakelijk voor zijn toekomst.
Et je veux citer à
nouveau ces phrases d’un ancien Lauréat du Prix Francqui et
titulaire du Prix Nobel :
Un pays qui ne soutient
pas une recherche fondamentale de qualité dans ses universités
bientôt ne produira plus les chercheurs, les ingénieurs et
autres experts de haut niveau qu’exige la société moderne. Il
est condamné à la stagnation si pas au sous-développement.
Het Francqui-Fonds kan met
bewuste fierheid aantonen hoe het door zijn permanente en
opbouwende actie haar onontbeerlijke bijdrage levert aan de door
onze wetenschappers geleverde inspanningen, en alles in het werk
stelt om een creatieve samenwerking tussen al onze universitaire
instellingen te bevorderen, wat dan ook door deze laatste ten
volle wordt gewaardeerd.
Het Francqui-Fonds is
onafhankelijk van alle politieke of communautaire bekommeringen
: haar doelstellingen staan in het teken van een noodzakelijke
samenhorigheid en in dienst van de erkenning en het prestige van
ons wetenschappelijk potentieel. Het wenst geen bestaande
organisaties te dupliceren, maar streeft – in de geest van zijn
stichter, Emile Francqui, horizonten te openen, in nauwe
samenwerking met de Belgian American Educational Foundation,
o.m. door acht studiebeurzen per jaar te financieren.
Met droefheid hebben de
leden van het Francqui-Fonds dit jaar het heengaan van twee van
hun collega’s moeten betreuren : Baron Jan Delva en Professor
Roger van Overstraeten hebben aan onze instelling waardevolle
bijdragen geleverd en wij huldigen hun nagedachtenis.
Soucieuse de maintenir
et développer les contacts avec le monde scientifique à
l’étranger, la Fondation a mis en place avec succès un programme
de Chaires Internationales qui a permis déjà d’accueillir en
Belgique une vingtaine de chercheurs et professeurs éminents
pour une durée de six mois. Et bien entendu la coopération
et les échanges entre universités belges se poursuit, ainsi que
l’octroi de mandats de post-doctoraux dans les services des
Lauréats du Prix, et l’organisation par ces derniers de
Colloques internationaux de haut niveau, suivis de la
publication de leurs travaux.
Le Prix Francqui a été
considéré par son fondateur non comme le couronnement d’une
carrière, mais comme un encouragement à un jeune savant et à
l’équipe de ses collaborateurs, dont la motivation est
prometteuse d’avenir. Le Jury International, cette année
comme les précédentes, s’est dit impressionné par la qualité des
candidatures qui lui ont été soumises et confronté à la
difficulté d’un choix dont l’impartialité de la part de
professeurs étrangers constituant le Jury, est indéniable.
Cette année, le Prix
Francqui a été attribué au Professeur Marc Parmentier, de
l’Université Libre de Bruxelles. Il est docteur en
médecine, agrégé de l’enseignement supérieur, chargé de cours à
l’U.L.B., et déjà titulaire de nombreux prix et distinctions.
En le choisissant comme
lauréat, le Jury du Prix Francqui a souligné que « le Professeur
Marc Parmentier a été associé à une série de contributions
reconnues internationalement, notamment dans les domaines de la
communication cellulaire via les récepteurs membranaires et les
mécanismes de signalisation impliqués dans ce processus et que
l’étendue et la profondeur de ces études ont influencé un nombre
de disciplines incluant l’endocrinologie, la neurobiologie et la
virologie ». Le Jury a rendu hommage aux observations
fondamentales sur la structure et la fonction des récepteurs
couplés aux protéines G, et l’importance particulière des
contributions du Professeur Parmentier dans le domaine des
co-récepteurs du virus de l’immunodéficience humaine et de leur
rôle primordial dans la pathogenèse du virus.
Je prie le Prince de
vouloir bien remettre au Professeur Parmentier le diplôme du
Prix Francqui 1999.
* * *
Toespraak
van Professor
Marc Parmentier
Monseigneur,
C’est avec un profond
sentiment de fierté que je reçois de Vos mains le diplôme du
Prix Francqui. Ce prix est sans conteste dans notre pays la
distinction scientifique la plus convoitée. Et la présence
constante de la Maison Royale aux cérémonies de remise constitue
un encouragement inestimable pour l’ensemble de la communauté
scientifique belge.
Monseigneur, Monsieur le Président, Mesdames,
Messieurs,
Je me dois tous d’abord de remercier ici mes
mentors qui ont influencé ma carrière au cours des ces vingt
dernières années. Chronologiquement, je citerai tout d’abord le
Professeur Jean-Lambert Pasteels, qui m’a accueilli dans son
laboratoire depuis les premières années de mes études médicales,
et m’a donné l’occasion de m’initier à la recherche, plus
particulièrement aux techniques morphologiques. Je citerai
ensuite le Professeur Tadashi Inagami, de l’Université
Vanderbilt, qui m’a permis au cours d’un séjour post-doctoral de
me plonger dans un laboratoire à la fois convivial et très
compétitif, et d’acquérir une bonne partie de mon bagage de
biologiste moléculaire. Je remercierai le Professeur Jacques
Dumont, qui m’a ouvert les portes de l’IRIBHN à mon retour des
Etats-Unis, et m’a offert la possibilité de développer mes
activités dans une environnement particulièrement favorable, et
enfin le Professeur Gilbert Vassart, qui a, au fil de ces douze
dernières années été un modèle de clairvoyance et de générosité,
et a constitué pour moi un guide irremplaçable. J’ai aussi le
grand plaisir de remercier ici les très nombreux collaborateurs,
étudiants et chercheurs post-doctoraux, qui ont contribué
souvent de manière essentielle au travail qui a justifié aux
yeux du Jury l’attribution de ce prix. Je n’en citerai que
quelques-un. Tout d’abord Frédérick Libert, qui a initié le
travail de clonage de récepteurs orphelins, et a participé à
nombre d’étapes cruciales de ce travail. Catherine Mollereau,
chercheur post-doctoral qui a charmé nos oreilles de son accent
du midi, et a été la cheville ouvrière d’un travail essentiel,
la première caractérisation du ligand naturel d’un récepteur
orphelin. Michel Samson ensuite, autre chercheur post-doctoral,
a réalisé l’essentiel du travail relatif à la caractérisation de
CCR5 et de son rôle dans l’infection par le virus du SIDA.
Catherine Ledent, enfin, qui a généré et étudié les nombreux
modèles animaux permettant de mieux comprendre le rôle de nos
gènes d’intérêt dans l’environnement complexe d’un animal
vivant.
Ce travail n’aurait pu voir le jour sans le
support de nombre d’organismes nationaux et internationaux : le
Fonds National de la Recherche Scientifique tout d’abord, dont
j’ai eu le grand privilège d’être mandataire pendant plus de dix
ans, avec la totale liberté que procure ce statut ; ensuite l’Etat
Fédéral, la Communauté Française, la région Wallonne, la
Communauté Européenne, la Fondation Médicale Reine Elisabeht,
Télévie, l’Association contre le Cancer, l’Agence Nationale
Française contre le SIDA. La collaboration très efficace
d’autres laboratoires a également été cruciale, et ne je citerai
ici que quelques-unes des collaborations majeures, telles celles
établies avec les laboratoires de Jean-Claude Meunier à
Toulouse, Robert Doms à Philadelphie, Jean Costentin à Rouen,
Bernard Rocques à Paris ou Walter Fratta à Cagliari.
Au cours des années, j’ai été amené bien
souvent à changer l’orientation de mes activités de recherche,
au hasard des changements de laboratoire, et de l’évolution des
domaines. Après une contribution très sommaire aux
balbutiements de la recherche sur les neuropeptides au cours de
mes études, j’ai commencé ma véritable carrière scientifique par
l’étude de facteurs impliqués dans le contrôle de la tension
sanguine (rénine et ANF), par des approches morphologiques,
biochimiques et de biologie moléculaire, d’abord au sein du
laboratoire d’Histologie de l’ULB, puis dans le Département de
Biochimie de l’Université Vanderbilt (Nashville, TN, USA). De
retour en Belgique en 1986, avec une formation toute neuve de
biologiste moléculaire, j’ai rejoint l’Institut de Recherche
Interdisciplinaire de l’Université Libre de Bruxelles dirigé par
les Professeurs Jacques Dumont et Gilbert Vassart, ou je me suis
tout d’abord intéressé à la biologie moléculaire de protéines
cérébrales liant le calcium. J’ai rapidement été amené à poser
les jalons du développement d’une unité de transgenèse qui s’est
d’abord intéressée à la fonction thyroïdienne, un des thèmes
principaux de l’Institut. Au fil des ans, nous avons développé
avec Catherine Ledent les premiers modèles transgéniques murins
de pathologie thyroïdienne, depuis l’hyperthyroïdie jusqu’aux
cancers les plus agressifs.
Il y a un peu plus de dix ans, j’ai été amené
à participer à un programme débutant qui consistait à tenter de
cloner le récepteur de la thyrotropine, l’hormone qui contrôle
la fonction de la glande thyroïde. A une époque ou peu de
récepteurs étaient connus, 5 ou 6 tout au plus, cet objectif
apparaissait comme un enjeu important pour le laboratoire, qui
avait auparavant cloné quelques autres gènes clés du métabolisme
thyroïdien. C’est à cette occasion que, sur l’impulsion de
Gilbert Vassart, une méthode générale de clonage basée sur la
réaction en chaîne à la polymerase a été développée par
Frédérick Libert. Cette méthode permet de cloner les membres
inconnus de familles multigéniques et a été très largement
utilisée par la suite par de très nombreux groupes dans le
monde. Cette approche nous a conduit au clonage de nouveaux
récepteurs dont la fonction nous était au départ totalement
inconnue, et qui ont dès lors été qualifiés d’ « orphelins ».
Nous nous sommes très vite rendu compte de l’intérêt de ces
récepteurs orphelins, chacun devant jouer un rôle essentiel dans
un domaine de la physiologie. La majeure partie des activités
que je vais brièvement évoquer ici dérive directement de l’étude
de ces récepteurs orphelins.
Les récepteurs couplés aux protéines G
constituent de loin la plus nombreuse des familles de récepteurs
membranaires. Plus de 120 de ces récepteurs sont actuellement
connus, et ils règlent des fonctions aussi essentielles que la
fonction cardiaque et la pression sanguine, l’équilibre
hydrominéral, les fonctions endocriniennes, les défenses
immunitaires, et de très nombreuses fonctions cérébrales. La
diversité des fonctions contrôlées par les récepteurs couplés
aux protéines G explique aisément pourquoi ils constituent les
cibles de la majorité des agents pharmacologiques actuellement
utilisés en thérapeutique.
Parmi nos récepteurs orphelins, certains ont
été caractérisés comme des récepteurs dont la pharmacologie
classique avait prédit l’existence. Le premier à être
caractérisé fut le récepteur de la thyrotropine, le but initial
du projet. Ce clonage a permis de démontrer que les
autoanticorps stimulant et bloquant la fonction de la thyroïde
étaient bien dirigés contre ce récepteur. La possibilité de
produire in vitro le récepteur humain a mené tout
récemment, c'est-à-dire près de dix ans plus tard, au
développement d’un nouveau test diagnostique pour ces affections
auto-immunes de la thyroïde. Ont été caractérisés dans la
foulée les premiers récepteurs de l’adénosine, principaux sites
d’action de la caféine. Nous avons étudié récemment la fonction
d’un de ces récepteurs par l’invalidation de son gène chez la
souris, démontrant l’absence d’effets stimulant de la caféine
sur ces animaux. Nous avons également caractérisé le récepteur
humain des agents actifs du cannabis, pour lequel un autre
modèle d’invalidation génique chez la souris a été établi. Ce
modèle a permis de démontrer le rôle de ce récepteur non
seulement dans les effets du cannabis, mais aussi dans le
développement de la dépendance à d’autres drogues, comme les
dérivés de la morphine. Dans le cadre de l’étude de la très
grande famille des récepteurs olfactifs, nous avons montré que
certains de ces récepteurs étaient exprimés aussi dans les
cellules de la lignée germinale mâle, suggérant un rôle dans le
contrôle de la motilité et/ou de la guidance des spermatozoïdes.
D’autres récepteurs orphelins ont été
caractérisés comme de nouveaux sous-types dont l’existence
n’était pas connue auparavant. D’autres encore ont mené à des
systèmes de communication totalement neufs. En collaboration
avec un groupe du CNRS de Toulouse, nous avons ainsi cloné un
nouveau récepteur, baptisé ORL1. Ce récepteur, apparenté aux
récepteurs opiacés, ne répondait cependant pas aux agonistes
classiques de cette catégorie de récepteurs. En utilisant le
récepteur recombinant comme un essai biologique, nous avons
identifié son ligand naturel à partir d’extraits de cerveau, et
certaines de ses fonctions in vivo, notamment dans le contrôle
de la douleur. Ceci fut le premier exemple de l’identification
d’une nouvelle fonction biologique à partir d’un récepteur
orphelin, stratégie qui a depuis reçu le nom de pharmacologie
inverse. Bien que le nombre d’exemples résolus soit encore très
ténu, cette approche est appelée à se développer
considérablement suite aux programmes de séquençage du génome
humain, qui ont abouti au cours des dernières années à
l’accumulation d’une multitude de gènes dont la fonction n’est
pas connue.
Le dernier exemple que je voudrais évoquer
ici, et qui est aussi celui ou le hasard a eu sa part la plus
importante est l’identification de CCR5. CCR5 a d’abord été
caractérisé comme un nouveau récepteur des chimiokines, famille
de protéines qui attirent les globules blancs vers le siège
d’une inflammation. La combinaison de nos données
pharmacologiques et d’autres données rapportées simultanément
dans la littérature allait suggérer que CCR5 pouvait aussi
constituer une des portes d’entrée du virus du SIDA. Cette
hypothèse a rapidement été confirmée par différents groupes dans
le monde, dont le nôtre. Nous avons aussi démontré
indirectement le rôle clé joué par CCR5 dans la transmission de
la maladie, par la mise en évidence d’une mutation de son gène,
fréquente dans les populations d’origine européenne, et capable
de protéger les porteurs homozygotes de l’infection par le
virus.
Si certains thèmes de recherche que je viens
d’évoquer sont encore poursuivi aujourd’hui, nous travaillons
par ailleurs à la caractérisation d’un nombre croissant de
récepteurs orphelins. Le nombre de récepteurs orphelins a en
effet augmenté considérablement au cours des années. Nous avons
cloné plus de 40 gènes originaux dans notre laboratoire, et
environ 120 récepteurs orphelins sont présents actuellement dans
les banques de données publiques. Ce nombre et très
certainement appelé à augmenter encore suite à/aux progrès
rapides des programmes de séquençage génomiques. Nous nous
focalisons sur des récepteurs du système nerveux central d’une
part, des récepteurs du système immunitaire d’autre part. Cette
recherche devrait dans le futur permettre l’identification de
nouveaux messagers impliqués dans les fonctions cérébrales et le
trafic des populations de leucocytes.
Monseigneur, Monsieur le Président, Mesdames,
Messieurs,
Comme j’ai tenté de l’illustrer, le hasard,
ou plutôt les hasards, ont joué un rôle prépondérant dans
l’évolution de nos recherches. Il serait même facile de nous
faire le reproche de ne pas toujours avoir eu d’objectif bien
précis, d’hypothèses longuement construites. L’expérience a
cependant montré que cette manière stochastique d’envisager
l’évolution d’un programme de recherche s’est révélée moins
inefficace qu’on ne pourrait le croire. Nous avons souvent
contribué bien plus à l’avancement d’un domaine que nombre
d’équipes bien plus focalisées sur ce problème précis. Et je
pense que notre expérience est très exemplative de ce qu’est la
recherche fondamentale : souvent imprévisible, parfois
erratique, ne répondant pas toujours à la question que l’on
croyait si simple, mais ouvrant régulièrement des brèches vers
des horizons si vastes que l’on pourrait passer une vie à
explorer chacun d’eux.
Ceci plaide fortement contre certaines
volontés politiques récentes qui tendent à planifier la
recherche dans des carcans rigides, qui visent à lui définir,
dès le moment de sa conception, des perspectives précises
d’application industrielle, des calendriers d’avancement
prévoyant plusieurs années à l’avance quelles seront la nature
et le moment, au mois près, d’acquis scientifiques majeurs.
Cette conception de la recherche reflète à mon sens la
méconnaissance profonde dans le chef de certains politiques de
la nature même du processus de découverte.
Les avancées les plus importantes en science
sont presque par nature imprévisibles, et la présentation
logique qui en est parfois fait à posteriori, ne reflète souvent
qu’un réaménagement de la réalité, destiné à attribuer à ses
auteurs ce supplément de clairvoyance qu’ils n’avaient souvent
pas. Le mérite principal d’un chercheur est très souvent
d’avoir su choisir habilement parmi les innombrables pistes de
brousse qui se présentent à lui, celle qui ne comportait ni
précipice, ni obstacle insurmontable. Vouloir enfermer la
recherche académique dans un cadre strict de perspective
d’application est à mon sens le plus sûr moyen de la détruire à
moyen terme.
La notion même d’intérêt industriel peut
d’ailleurs se révéler extrêmement fallacieuse. Je ne peux
m’empêcher de rappeler que lorsque nous avons isolé les premiers
récepteurs orphelins à la fin des années 80, les départements de
recherche des plus importantes sociétés pharmaceutiques que nous
avons contactés, n’ont montré aucun intérêt pour ces dizaines de
récepteurs que la pharmacologie classique ne connaissait pas.
En dix ans, les bases scientifiques ont finalement beaucoup
moins changé que les mentalités. Et il n’est plus une société
moyenne qui n’envisage actuellement d’investir dans
l’identification de nouvelles cibles pharmacologiques parmi les
récepteurs orphelins.
Je ne voudrais cependant pas donner ici
l’impression de renier complètement les applications qui peuvent
être faites de la recherche. Je dirais même que la valorisation
industrielle a depuis de nombreuses années, été une des
préoccupations constantes de l’IRIBHN et de son directeur,
Jacques Dumont, bien avant que ceci ne devienne une priorité
politique. Preuve en est la création d’une société de
Biotechnologie, issue des activités de recherche de l’Institut
dans le domaine des récepteurs, et qui sert maintenant
d’interface entre le laboratoire académique et les sociétés
pharmaceutiques. Nous avons cependant clairement opté pour
garder une orientation fondamentale aux recherches de
l’Institut, et à développer au dehors les aspects appliqués que
nous ne voulions pas implanter au-dedans. La symbiose qui s’est
depuis développée entre les deux structures, parfois
antagonistes dans leurs ambitions mais souvent complémentaires
dans leurs approches, s’est révélée on ne peut plus favorable.
A mon sens, ce qui manque le plus dans notre pays, et ce qui le
différencie d’autres régions du monde, ce n’est pas tant une
orientation plus appliquée de la recherche académique, qu’un
environnement socio-économique plus favorable à l’émergence
d’entreprises dynamiques aptes à développer localement la très
bonne recherche fondamentale de nos Universités.
Monseigneur,
La Belgique est un petit pays, et les entités
qui la composent sont plus petites encore. Et l’on entend
parfois dire que la recherche est un luxe qu’un petit pays ne
peut pas se permettre. Dans le domaine biomédical en tout cas,
il est pourtant très clair que les développements économiques
voient le jour aux endroits ou la recherche fondamentale est la
plus dynamique. Comme la beauté, la petitesse est dans les yeux
de celui qui regarde. Parfois aussi dans les yeux de celui qui
se regarde. Et c’est l’absence de recherche qui est un luxe
qu’un pays, petit ou grand, ne peut pas se permettre très
longtemps. Votre présence ici est pour nous tous,
scientifiques, un gage de l’intérêt que Vous portez à la
recherche fondamentale de ce pays, et pour cet intérêt, pour ce
qu’il signifie pour l’avenir, nous Vous remercions du fond du
cœur.
* * *
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